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samedi 1 mars 2008

Un artiste pour arnaquer les bourgeois et les branlologues !

Yves Klein ou le canular du demi-siècle par Jean Bourdier in Le Choc du Mois n°11


A gauche, Cardinaux cueillant des tomates sur la mer Rouge?

En cette année 1955, nous avions, une petite troupe de joyeux lurons et moi-même, nos habitudes dans un café de Montparnasse –« Le sélect », pour ne pas le nommer. Il y avait là, chaque soir, Jean-Marie Jamet et son frère Alain, maintenant conseiller régional et responsable du Front national pour l’Hérault, Pierre Durand, Jacques Duchemin, Jacques Martin et Olivier Evrard – tous deux tués depuis en Algérie.
Nos tables étant généralement animées, nous fîmes rapidement la connaissance d’un autre plaisantin, un garçon brun et souriant, un peu plus âgé que nous, avec un faux air de Tyrone Power.
Il s’appelait Yves Klein et était, de son état, professeur de Judo. Ayant passé plusieurs années au Japon, il était même, si je ne m’abuse, l’Européen le plus gradé en cet art difficile. C’était, toutefois, un judoka paisible. Comme l’un d’entre nous lui demandait un jour – nous étions un peu brutes à l’époque – si son judo était efficace dans la bagarre, il répondit avec un bon sourire :
_ Je n’en sais rien ; je ne me suis jamais battu de ma vie.
Un soir, Yves arriva, porteur d’un gros album, et nous dit :
_ Je suis en train de monter un coup. Je me demande si les gens vont marcher. C’est un peu gros, mais, après tout, on en a vu d’autres…
Sur quoi, il ouvrit son album. Celui-ci comportait une page toute blanche, une page toute rouge, une page toute bleue et ainsi de suite. Toutes, bien sûr, absolument vierges.
Notre ami avait tout simplement repris la technique d’un canular ayant fait quelque bruit au début du siècle : cette exposition où une toile blanche était censée représenter « L’ascension du mont Blanc par l’Homme invisible », une toile rouge s’intitulait « Cardinaux cueillant des tomates sur la mer Rouge », et la toile noire, restée célèbre, « Combat de nègres dans un tunnel ».
Nous fûmes unanimes à trouver notre judoka légèrement culotté, mais, mauvais esprits quasi-professionnels, nous l’encourageâmes vivement dans sa louche entreprise.
Au bout de quelques semaines, il parut évident qu’il avait réussi son coup. On parlait de lui, des critiques le découvraient en grande pompe, les marchands commençaient à loucher, et il y avait du vernissage dans l’air. Car Yves, encouragé dans sa malfaisance, s’était mis à peindre – ou plus exactement, à ne surtout pas peindre. L’art « monochrome » était né, et plus rien ne pouvait arrêter sa diabolique progression dans les consciences artistiques les plus éminentes de notre temps.


A mesure que les années passèrent, la peinture monochrome ne cessa de s’affirmer. Les expositions – très reposantes pour la vue – se succédaient, au même rythme que les articles louangeurs ou carrément extatiques. A croire que le siècle avait enfin découvert la forme d’expression artistique qui lui convenait : le néant. Bientôt ce ne furent plus seulement des articles, mais des thèses entières qui furent consacrées à Yves. Que ceux qui ne voudraient pas me croire aillent tout simplement faire un tour à la bibliothèque de Beaubourg ; elles y sont presque toutes, pieusement conservées.
En attendant, au fil d’expositions qui se succédaient à bonne cadence, Yves, toujours soucieux de toucher le fond de la crédulité, allait de plus en plus loin. Après un vernissage sans toiles, où les murs nus devaient exciter l’imagination artistique à l’état pur, il y eut la peinture « vivante et périssable » où des mannequins de haute couture furent roulés dans des pots de Ripolin.

[NDK: Voici le film de cet événement]


Je ne sais plus lors duquel de ces vernissages, Yves, quand même un peu inquiet, s’adressa à l’un de nos amis pour lui demander un léger et discret service d’ordre d’anciens parachutistes pour le cas où le temps se gâterait quand même. Le service d’ordre fut fourni, mais superflu, le Tout-Paris ayant fort bien pris la chose.
Yves mourut beaucoup trop jeune –d’une crise cardiaque- mais au sommet de sa gloire très personnelle. Comme il avait gardé son sang-froid jusqu’au bout, sa réputation d’artiste rénovateur était intacte. Lors du dixième anniversaire de son décès, Le Monde lui consacra une double page savante et éblouie. Là où il est maintenant, il dut bien rire, et nous fûmes queluques-uns à rire avec lui. Entre copains, au sens précis où l’entendait Jules Romains.
Yves Klein ou le canular du demi-siècle par Jean Bourdier in Le Choc du Mois n°11

SOURCE


Paraphrasons quand il n'y a rien à rien à dire...

Un lien vers le centre Pompom pidou qui ravira les mauvais esprits :
http://www.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-yves_klein/ENS-Yves_Klein.htm

3 commentaires:

  1. Génial! Quel dommage qu'il soit mort si jeune.

    La wikipedia anglophone, là http://en.wikipedia.org/wiki/Yves_Klein
    est à pisser dans sa culotte.

    "My paintings are now invisible and I would like to show them in a clear and positive manner" et ces crétins qui ne s'aperçoivent pas qu'on se fout de leur gueule dans les très, très grandes largeurs!

    Joli mot, "branlologue."

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  2. L'ensemble de cet article titre inclu n'est pas de moi, je l'avais trouvé sur la toile et pieusement archivé.

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  3. pas un coup monté pour marcel duchamp mais les objets détournés (urinoir, roue de bicyclette etc) ou "ready made" étaient au départ des blagues entre artistes potaches, mais pris au sérieux par la critique et honnoré par les musées le marcel s'appliqua à entretenir la farce ne jettant pas moins que les bases de l'art contemporain et conceptuel et lachant dans l'arêne une clique sans cesse renouvellée d'artistes-critiques-imposteurs voyant du sens dans le moindre poil de cul, une vraie catastrophe pour l'art et du pain béni pour les marchands.
    sur daily il y a une vidéo hébergée par zérotv avec daniel buren, on peut voir l'étendue des dégats encore de nos jours, totalywonderful!

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