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dimanche 13 juillet 2008

Illusion des contemplatifs

Les hommes élevés se distinguent de ceux de rang subalterne par le fait qu'ils voient et entendent infiniment plus, et ils ne voient et n'entendent qu'en méditant - et cela précisément distingue l'homme de l'animal et l'animal supérieur de l'inférieur. Le monde s'emplit toujours davantage pour celui qui s'élève dans la hauteur de l'humanité, l'intérêt grandit autour de lui, et dans la même proportion ses catégories de plaisir et de déplaisir, - l'homme supérieur devient toujours en même temps plus heureux et plus malheureux. Mais en même temps une illusion l'accompagne sans cesse : il croit être placé en spectateur et en auditeur devant le grand spectacle et devant le grand concert qu'est la vie : il dit que sa nature est contemplative et ne s'aperçoit pas qu'il est lui-même le véritable poète et le créateur de la vie, -tout en se distinguant, il est vrai, de l'acteur de ce drame le soi-disant homme d'action mais bien davantage encore d'un simple spectateur, d'un invité placé face à la scène. Il a certainement en propre, étant poète, la vis contemplativa et le retour sur son œuvre, mais, en même temps, et avant tout, la vis creativa qui manque à l'homme qui agit, quoi qu'en disent l'évidence et la croyance reçue. Nous qui méditons et sentons, nous sommes ceux qui ne cessons de construire réellement quelque chose qui n'existe pas encore : tout ce monde toujours grandissant d'apprécia­tions, de couleurs, d'évaluations, de perspectives, de degrés, d'affirmations et de négations. Ce poème inventé par nous est sans cesse appris, exercé, répété, traduit en chair et en réalité, oui même en vie quotidienne, par nos propres acteurs, ceux que l'on appelle les hommes prati­ques. Tout ce qui a quelque valeur dans le monde actuel n'en a pas par soi-même, selon sa nature, - la nature est toujours sans valeur : - on lui a une fois donné et attribué une valeur, et c'est nous qui avons été les donateurs, les attributeurs! C'est seulement nous qui avons créé le monde qui intéresse l'homme! - Mais c'est précisément la notion qui nous manque, et si nous la saisissons un instant, aussitôt elle nous échappe l'instant d'après : nous méconnaissons notre meilleure force, et nous nous sous-estimons quelque peu, nous autres contemplatifs, - nous ne sommes ni aussi fiers, ni aussi heureux que nous pourrions l'être.


Friedrich Nietzsche ; Le Gai Savoir - Livre quatrième - 301


2 commentaires:

  1. Je me suis toujours promis de lire « Ecce homo » et « le Gai Savoir ». Pour l'instant, je n'ai lu que « Ainsi parlait Zarathoustra ».

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  2. Il faut tous les lire et ensuite lire Zarathoustra.
    Car il donne beaucoup de pistes pour le comprendre dans les autres.

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